Texte de Anne-Laure Peressin, à propos de l’exposition DNSAP “Galeries”
Une même forme revient, obstinément. Neuf tableaux de deux mètres sur deux, accompagnés d’une trentaine de dessins préparatoires quasi-identiques, composent Galeries, ensemble construit autour d’un motif que rien ne semble pouvoir épuiser. Quelque chose insiste, sourd, tenace.
Hugo Chouvenc revendique cette dimension obsessionnelle, qu’il rapproche du Terrier de Franz Kafka.
À l’image de la créature kafkaïenne, qui creuse, agrandit et surveille sans relâche son refuge, ses peintures déploient un espace paradoxal, à la fois abri et cellule mentale, où la répétition devient autant une nécessité qu’une manière d’habiter le monde.
Façonnés de terre brute, de pigments minéraux et de peintures acryliques, ces tableaux réactivent la mémoire géologique et industrielle du bassin stéphanois d'où Hugo Chouvenc est issu. Le choix de peindre sur toile de jute n'a rien d'anodin : il convoque la matérialité brute des sacs de charbon d’autrefois, s'inscrivant dans le sillage d'une histoire familiale marquée par le travail de ses ancêtres maternels dans les mines de la Loire. Cette mémoire inclut aussi l’épreuve du travail en usine, enduré dès l’âge de quinze ans : la répétition des gestes, la cadence, la chaîne, autant de structures qui continuent d’innerver sa pratique.
Loin de toute tentative d'illustration littérale, l'artiste transmute cet héritage en des formes de stratifications sensibles, où deux écritures plastiques coexistent. D’un côté, des surfaces à la matérialité rugueuse, presque géologique, où la terre se fissure ; de l’autre, une grille géométrique stricte, composée de huit carrés noirs et trois bandes horizontales juxtaposées, dont les alternances chromatiques varient du noir profond et des bruns jusqu’aux gris, parfois avec un rouge plus vif.
Peut-être est-ce là le paradoxe de Galeries : née d'une pulsion consentie, cette série ne cherche pas à sortir de l'obsession, mais à l'habiter. La répétition devient alors la condition même par laquelle la peinture advient et se maintient.
Anne-Laure Peressin ©
Text by Anne-Laure Peressin, about the DNSAP exhibition "Galeries"
The same form returns, obstinately. Nine paintings of two meters by two, accompanied by about thirty almost identical preparatory drawings, make up Galeries, an ensemble built around a motif that nothing seems to be able to exhaust. Something insists, deaf, tenacious.
Hugo Chouvenc claims this obsessive dimension, which he relates to Franz Kafka’s The Terrier. Like the Kafkaesque creature, who ceaselessly digs up, enlarges and watches over his refuge, his paintings unfold a paradoxical space, both shelter and mental cell, where repetition becomes as much a necessity as a way of living in the world.
Made of raw earth, mineral pigments and acrylic paints, these paintings reactivate the geological and industrial memory of the Saint-Étienne basin from which Hugo Chouvenc comes. The choice to paint on burlap is not trivial: it evokes the raw materiality of sacks of coal from yesteryear, in the wake of a family history marked by the work of his maternal ancestors in the mines of the Loire. This memory also includes the ordeal of factory work, endured from the age of fifteen: repetition of gestures, cadence, chain, all structures that continue to innerver his practice.
Far from any attempt at literal illustration, the artist transmutes this heritage into forms of sensitive stratifications, where two plastic writings coexist. On one side, surfaces with rough materiality, almost geological, where the earth cracks; on the other, a strict geometric grid, composed of eight black squares and three juxtaposed horizontal bands, whose chromatic alternations vary from deep black and browns to greys, sometimes with a brighter red.
Perhaps this is the paradox of Galeries: born from a consensual impulse, this series does not seek to get out of obsession, but to live in it. Repetition then becomes the very condition by which the painting comes into being and is maintained.
Anne-Laure Peressin ©